Article L'Orient Le Jour du 21 octobre 2009

Lama Tyan et les musiques du cœur 

 

Portrait - Ses passions sont nombreuses et  le pays où elle vit est peuplé  d'arias et de musique divine. Elle, c'est Lama Tyan, qui invite  chaque semaine les passionnés d'opéra à la rejoindre dans des sessions d'écoute et d'appréciation de ces œuvres intemporelles. 

Par Colette Khalaf

 

C'est la septième saison que Lama Tyan organise des sessions d'initiation à l'opéra dans des cadres où l'art se mêle à la convivialité. Comment cette architecte d'intérieur, diplômée de l'Académie Charpentier à Paris qui, en parallèle à ses études, n'a cessé de sonder les différentes disciplines artistiques telles la photographie, la peinture, l'art du mobilier et de l'orfèvrerie, est-elle passée  à l'opéra ? « Probablement, parce que nous avons, mon frère et moi, baigné, grâce à ma mère, dans une atmosphère de musique classique. C'est comme un retour aux sources », dit-elle.  
« Mon moteur, c'est la  passion », précise Tyan, qui dit avoir réveillé ses premières amours en décidant d'apprendre la langue italienne. C'est probablement cet engouement pour l'italien qui a suscité en elle l'apprentissage d'autres langages... musicaux. En effet, après un voyage en Italie, le goût pour l'architecture mêlé à d'autres arts suscite chez la jeune femme de nouvelles fougues. Férue de culture et de langues, et  curieuse de tout apprendre, elle  participera dès lors à des conférences de musique chez Étienne Kupélian et Joe Letayf, et  prendra des cours de chant classique  chez Mme Manoyan « j'ai repris le solfège à zéro, ainsi aujourd'hui, je n'ai plus une culture livresque de la musique mais aussi technique », dit-elle. Elle devient alors choriste au sein de l'Orchestre symphonique national avant de décider de communiquer à son tour cet  amour pour la voix.

Les voix, résonances du cœur
Comme tous les passionnés, Lama Tyan veut tout faire, mais avoue n'avoir pas le temps. Infatigable, elle compile, fait des recherches et voyage. Elle est à l'écoute. Dès qu'elle apprend qu'un opéra a lieu dans un tel pays, elle saute dans le premier avion. Rien ne l'arrête. Chez elle dans son microcosme élégant et chaleureux, elle relit ses classiques, entasse les CD et revisite à sa manière le monde. Cela fait sept ans qu'elle mélange poésie et histoire, musique et vie. « L'opéra, précise Tyan, puise toujours sa source dans la littérature ou l'histoire. Je me suis donc amusée à m'approfondir dans ces sources-là. L'enseignante en herbe qui a commencé ses cours avec huit élèves avoue en  avoir 120 aujourd'hui. Du Centre culturel italien à l'Espace SD et de Jamhour au musée Mouawad, Lama Tyan écume les espaces culturels et s'entoure d'assidus et de passionnés comme elle. « Il y a celles qui sont mélomanes et qui ont déjà une base musicale et d'autres qui viennent seulement parce qu'elles sont curieuses d'apprendre. » Aujourd'hui, elle  se partage entre trois : L'Heure Bleue, le club Metropolitan (Achrafieh) et l'hôtel Le Gabriel.         
 « Une séance est accessible à tous car il n'y a pas de niveaux dans mes cours et dure environ deux heures. » Elle s'appuie sur la projection d'un ou de deux extraits d'opéra sur DVD, sous-titré, et est précédée par vingt minutes d'explication. « J'introduis l'œuvre et le compositeur, parle des origines littéraires et la situe dans son contexte historique. Le cours est interactif. Animée par des explications relatives aux différentes voix, aux formes musicales ou aux genres, une session peut être à thème : relations père et fille, la jalousie ou les duos », poursuit Tyan.  
Dans cette stratosphère lyrique, les relations se tissent et l'intérêt pour l'opéra grandit. Cette année Lama Tyan va même plus loin en organisant un voyage à Vienne.

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